16 février 2026 · Matthieu MALVACHE · 5
L'IA cette semaine : GLM-5, Qwen3.5 et la vague open source chinoise
La Chine a sorti deux modèles open source de niveau frontier en cinq jours. L'Europe a commencé à mettre de l'argent réel derrière la souveraineté IA. L'écart entre modèles ouverts et fermés s'est sérieusement réduit. Semaine chargée.
Les actus de la semaine
GLM-5 : la première entreprise IA cotée en Chine sort un modèle frontier sous MIT
Zhipu AI a publié GLM-5 le 11 février. Les chiffres : 744 milliards de paramètres en architecture mixture-of-experts, 40 milliards actifs par token. Le modèle atteint 77,8 % sur SWE-bench Verified, devant Gemini 3 Pro (76,2 %) et à portée de Claude Opus 4.6 (80,9 %).
Deux choses rendent cette sortie remarquable au-delà des benchmarks.
Le modèle a été entraîné intégralement sur des puces Huawei Ascend avec le framework MindSpore. Zéro matériel NVIDIA. Pour ceux qui suivent les restrictions américaines à l'export de puces, c'est le signal le plus clair que les sanctions n'ont pas stoppé le progrès IA chinois. Elles l'ont redirigé.
La licence est MIT. Pas "ouvert avec restrictions" ou "recherche seulement". MIT. On peut le faire tourner, le modifier, vendre des produits construits dessus. À environ 0,80 $ le million de tokens d'entrée sur OpenRouter, il coûte six fois moins qu'Opus 4.6. Pour les équipes qui ont besoin de bonnes performances en code sans envoyer leurs données sur des clouds américains, le calcul change fondamentalement.
L'action Zhipu a bondi de 34 % à Hong Kong après l'annonce. C'est la première entreprise IA pure player cotée en bourse en Chine. GLM-5 prouve qu'on peut être coté et compétitif en même temps.
Qwen3.5 : Alibaba répond avec 201 langues et des tarifs agressifs
Cinq jours plus tard, Alibaba a publié Qwen3.5 le 16 février. Encore un modèle MoE : 397 milliards de paramètres au total, 17 milliards actifs par token, entraîné sur du texte et des images simultanément par fusion précoce. La licence Apache 2.0 le rend pleinement open-weight.
La couverture linguistique est impressionnante. Qwen3.5 prend en charge 201 langues et dialectes, contre 119 dans la version précédente. Si on construit des produits IA hors du monde anglophone, ce niveau de couverture multilingue nécessitait jusqu'ici des modèles propriétaires.
Côté tarifs, Alibaba annonce une baisse de 60 % et un débit multiplié par 8 par rapport à leur précédent flagship Qwen3-Max. La fenêtre de contexte de 1M de tokens revient à environ 0,18 $ le million de tokens d'entrée. On est dans une catégorie de prix complètement différente.
Je suis les sorties Qwen de près parce que l'architecture MoE (modèle massif, empreinte active minuscule) est précisément ce qui rend l'auto-hébergement viable. 17 milliards de paramètres actifs, ça veut dire qu'on peut faire tourner ce modèle sur du matériel qui ne pourrait pas gérer un modèle dense de 397 milliards. Concrètement, pour une équipe qui veut garder ses données chez elle, ça change beaucoup.
Mistral investit 1,2 milliard d'euros dans l'infrastructure IA suédoise
Le 11 février, Mistral a annoncé un partenariat à 1,2 milliard d'euros avec EcoDataCenter pour construire de l'infrastructure de calcul IA à Borlänge en Suède. Le centre hébergera des GPU NVIDIA Vera Rubin et fonctionnera aux énergies renouvelables. Mise en service prévue : 2027.
C'est le premier investissement infrastructure de Mistral hors de France. L'objectif affiché : un stack IA entièrement européen, conçu, construit et opéré sur toute la chaîne de valeur, avec des données traitées et stockées localement en Europe.
En toile de fond, l'UE vient de s'engager sur 200 milliards d'euros d'infrastructure IA dans le cadre de sa politique de souveraineté. Mistral se positionne comme le fournisseur de modèles pour ce stack. Vu leur licence Apache 2.0 sur des modèles comme Mistral Large 3, c'est un positionnement crédible : les gouvernements européens ont besoin de compute et de modèles qu'ils peuvent réellement auditer et contrôler.
Quatre États de l'UE s'engagent sur l'IA européenne dans les services publics
Lors d'un sommet le 12 février en Belgique, l'Allemagne, la Pologne, l'Espagne et les Pays-Bas se sont engagés à déployer de l'IA made in Europe dans l'administration publique. C'est en ligne avec la nouvelle politique "Buy European" de l'UE, qui donne la priorité aux entreprises européennes dans les secteurs stratégiques.
Chaque pays soutient sa propre initiative : l'Allemagne avec SOOFI (déploiement public visé pour mi-2026), la Pologne avec PLLuM (un modèle polonais qui s'étend aux outils administratifs), l'Espagne avec Alia (sur le supercalculateur MareNostrum 5 pour des services publics multilingues) et les Pays-Bas avec GPT-NL (santé, éducation et services gouvernementaux en néerlandais).
On ne parle pas de voeux pieux. Ce sont des programmes financés avec des calendriers de déploiement. Quand quatre des plus grands États membres de l'UE s'engagent simultanément sur l'IA souveraine, cela crée un pipeline de commandes publiques qui profite à tout le secteur IA européen, Mistral en tête.
Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
La semaine du 9 au 15 février est celle où l'IA open source a atteint un niveau frontier crédible. GLM-5 et Qwen3.5 ne sont pas "bons pour de l'open source". Ils sont bons, point. Les deux rivalisent avec les meilleurs modèles propriétaires en code et en raisonnement, pour une fraction du coût, avec des licences permissives.
Pour les praticiens, ça change l'hypothèse par défaut. Il y a un an, on choisissait l'open source quand on ne pouvait pas se payer le propriétaire. Aujourd'hui on choisit l'open source parce que la performance est là et qu'on garde le contrôle sur tout le reste. La taxe "modèle fermé" devient de plus en plus difficile à justifier.
L'Europe l'a remarqué. L'investissement infrastructure de Mistral et les engagements souverains de l'UE ne tombent pas du ciel. Quand des modèles open source viables existent au niveau frontier, l'argument pour la souveraineté IA européenne quitte le terrain de la théorie. On peut réellement la construire.
À surveiller la semaine prochaine
- Claude Sonnet 4.6 attendu cette semaine : la prochaine version Sonnet d'Anthropic devrait sortir, avec potentiellement des performances de niveau Opus aux tarifs Sonnet. Si ça se confirme, le paysage coût-performance change encore.
- Gemini 3.1 Pro en approche : Google pourrait suivre avec sa propre sortie orientée raisonnement, doublant potentiellement les performances de Gemini 3 Pro.
- Le rush de modèles de février continue : on en est déjà à quatre sorties frontier ce mois-ci (Opus 4.6, GLM-5, Qwen3.5 et quelques autres). D'ici la fin du mois, le compteur pourrait atteindre sept. Du jamais vu.
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Ceci est le numéro 2 de L'IA cette semaine, un briefing du lundi sur ce qui compte en IA. Découvrez d'autres articles dans le Knowledge Hub.